Compte rendu du Focus Groupe – Rabat le 27 février 2025

Contexte Général 

La corruption et le blanchiment de capitaux constituent des défis majeurs pour l’économie et la gouvernance du Maroc. La corruption favorise l’émergence de flux financiers illicites qui, pour être réinjectés dans l’économie légale, passent par un processus de blanchiment. Ce phénomène nuit gravement à la transparence économique, à la concurrence loyale et à la confiance des citoyens envers les institutions.

À l’échelle internationale, la lutte contre le blanchiment de capitaux est perçue comme un levier essentiel pour contrer la corruption en empêchant les criminels de profiter des fonds issus d’activités illicites. Le Groupe d’Action Financière (GAFI), organisation internationale de référence en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, impose aux États membres des obligations strictes pour renforcer leur cadre réglementaire et améliorer leur efficacité dans la détection et la répression des infractions financières.

Le Maroc a réalisé des avancées significatives en adoptant la loi n° 12-18 de 2021, qui modifie la loi n° 43-05 relative au blanchiment de capitaux. Cette réforme a permis au pays de sortir des listes de surveillance du GAFI et d’améliorer sa conformité aux standards internationaux. Toutefois, plusieurs défis subsistent, notamment la mise en œuvre effective des dispositions légales, la coopération entre les différentes parties prenantes et l’identification des flux financiers illicites.

Dans ce contexte, il devient impératif d’adopter une approche plus intégrée, combinant prévention et répression, tout en renforçant les dispositifs de contrôle et la coopération internationale.

Objectifs du Focus Groupe

Face à ces enjeux, Transparency Maroc a organisé un focus groupe réunissant des experts, des représentants institutionnels et des acteurs de la société civile afin de :

  • Analyser les enjeux liés au blanchiment de capitaux et à la corruption en mettant en lumière leurs interactions et leurs impacts sur la gouvernance et l’économie.
  • Examiner les évolutions législatives récentes, notamment les réformes entreprises par le Maroc pour se conformer aux exigences internationales et améliorer l’efficacité de son cadre réglementaire.
  • Discuter des engagements nationaux et internationaux du Maroc en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux, en identifiant les défis et les opportunités de renforcement des mécanismes de coopération.
  • Formuler des recommandations concrètes pour améliorer l’efficacité des dispositifs existants, en mettant l’accent sur la traçabilité des flux financiers, la protection des lanceurs d’alerte et le renforcement des outils de contrôle.

Ce focus groupe a ainsi permis d’ouvrir un débat constructif sur les moyens d’optimiser la lutte contre ces phénomènes, en combinant des approches législatives, institutionnelles et opérationnelles.

Conclusion

Cette rencontre a permis de mettre en évidence les liens complexes entre corruption et blanchiment de capitaux et d’identifier les lacunes du système actuel. Malgré les progrès réalisés, plusieurs défis demeurent, notamment en matière d’application des lois et de coopération internationale.

L’approche adoptée doit être globale, combinant prévention, détection et répression. La lutte contre ces phénomènes nécessite une volonté politique forte et une implication de l’ensemble des acteurs, du secteur public aux citoyens.

Recommandations Issues du débat

À l’issue des discussions, plusieurs recommandations ont été formulées :

  1. Renforcer la traçabilité des flux financiers
  • Réglementer la propriété effective des sociétés pour identifier les véritables bénéficiaires des transactions.
  • Étendre les obligations de déclaration patrimoniale aux responsables publics et aux professions exposées.
  1. Développer un cadre juridique plus intégré
  • Mettre en place une approche conjointe traitant simultanément la corruption et le blanchiment de capitaux.
  • Faciliter l’accès aux informations financières pour les instances de contrôle.
  1. Améliorer la coopération internationale
  • Renforcer les accords d’échange d’informations financières avec d’autres pays.
  • Collaborer avec les organisations internationales spécialisées.
  1. Promouvoir une culture d’intégrité
  • Intégrer les systèmes de management anti-corruption dans les entreprises et administrations.
  • Développer des programmes de formation pour les acteurs concernés.
  1. Protéger les lanceurs d’alerte et les dénonciateurs
  • Mettre en place un cadre législatif garantissant leur protection effective.
  • Faciliter les signalements grâce à des plateformes sécurisées.
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